Retour sur : comparatif FF8 vs Picross

Sorti en 1999 sur Playstation, Final Fantasy VIII – FF8 pour les intimes – avait la lourde tâche de succéder à l’épisode qui a permis au J-RPG de conquérir le monde en général, la France en particulier. Jusque là pratiqué par des fous furieux qui n’hésitaient pas à se procurer leurs cassettes « en import », soit directement importées du Japon pour ne pas avoir à attendre la sortie officielle, souvent plusieurs mois plus tard, le J-RPG jouissait d’une aura mystérieuse et quelque peu intimidante.

De superbes cinématiques 3D alliant SF / médiéval fantastique : la marque de fabrique de la licence

Avec FF7, les adolescents que nous étions découvrions sur trois (TROIS !) CD une aventure épique, des personnages forts évoluant dans des décors incroyablement beaux, le tout rythmé par des cinématiques dignes d’un véritable film d’animation. Le jeu justifiait à lui seul l’achat d’une Playstation, il a démocratisé le genre, et le sort d’Aeris (Aerith pour les anglophones) a traumatisé une génération entière… Comment succéder à ce monument ?

Je n’y ai pas joué à l’époque de sa sortie, incapable de suivre le rythme des sorties à une époque où il fallait payer chaque jeu au prix fort – mon Final Fantasy suivant fut le mythique X, sur PS2, quelques années plus tard. Aujourd’hui, FF8 étant facilement accessible sur les différentes boutiques en ligne, et sans frais supplémentaire pour les abonnés Game Pass, il est temps de combler cette lacune !

J’y ai joué sur ma console rétro favorite, à savoir la Nintendo Switch, qui non contente de permettre de jouer dans de bonnes conditions à de nombreux titres NES et Super NES va bientôt s’enrichir de titres Nintendo 64 et Mega Drive, je ne suis plus que joie et amour, enfin bon fermons la parenthèse.

Si le travail sur les décors rappelle FF7, la DA des personnages est franchement différente.

FF8 nous place d’emblée dans la peau d’un étudiant en passe d’intégrer une unité d’élite. Les sprites des personnages ont un parti pris plus réalistes que ceux de FF7, mais la 3D rudimentaire de Cloud et Cie avait un certain charme, que je ne retrouve pas ici. Pour le reste, c’est assez proche : déplacement des héros dans de beaux décors fixes, puis sur une carte du monde en 3D en quittant les villes. On alterne entre phases d’exploration permettant d’acquérir de l’expérience avec des scènes scriptées permettant d’avancer dans l’histoire. On retrouve aussi avec plaisir de superbes thèmes musicaux signés Nobuo Uematsu et les bruitages habituels de la série.

Restent le scenario et les combats. Comme d’habitude avec Final Fantasy on s’attend à découvrir progressivement les enjeux de l’histoire, mais contrairement à d’autres titres de la licence j’ai trouvé les personnages moins attachants, du coup j’ai eu plus de mal à m’intéresser à ce qui leur arrive. Je m’en suis rendu compte assez rapidement car je me suis surpris à préférer relancer le vénérable Mario’s Super Picross, alors que d’habitude lorsque je démarre un FF j’ai du mal à décrocher.

Une grille à déchiffrer, un compte à rebours. Simple et efficace.

Attendez, rassurez-moi, tout le monde connait Picross bien sûr ? Bon, pour ceux qui n’auraient pas goûté à cette drogue, il s’agit d’un jeu de réflexion consistant à noircir les cases d’un tableau afin de révéler une image cachée, à l’aide d’indices – de simples chiffres – placés en tête de chaque ligne et colonne. C’est tout. Pas d’animation, pas de scénario, pas de musique, rien, nada. Un principe de jeu immédiatement compréhensible, une difficulté progressive, et l’envie irrésistible d’enchaîner les grilles sans s’arrêter – le syndrome bien connu « d’une petite dernière partie et j’arrête ».

Et là, je vous entends déjà : « c’est tout ? mais ça n’a rien à voir ! » Et vous aurez bien raison, ça n’a rien à voir. Lorsque j’allume ma Switch, je n’ai qu’à choisir entre deux carrés pour faire démarrer soit le huitième épisode d’une de mes licences J-RPG préférées, fruit du travail acharné des équipes de Square (avant leur rapprochement avec Enix), un des titres légendaires de la Playstation, soit cet émulateur Super NES qui me permettra de faire démarrer l’adaptation toute simple de ce jeu tout bête, dont Nintendo avait tellement honte qu’il n’avait pas osé le distribuer hors du Japon à l’époque. Rationnellement, je ne devrais même pas me poser de question. Et pourtant, force est de reconnaître qu’en septembre 2021, je lance plus volontiers le Picross que le FF.

Simple aussi, mais pour moi beaucoup moins efficace. L’âge peut-être ?

Peut-être faudrait-il que je vous parle aussi des combats de FF8 ? Ils sont bien sûr au cœur de l’expérience des J-RPG traditionnels, tout comme les phases de farming, durant lesquelles le joueur va faire combattre son ou ses PJ non pas pour progresser dans l’exploration du monde mais pour les faire évoluer. Ces phases sont plus ou moins importantes en fonction des jeux, les ennemis étant généralement de plus en plus forts lorsqu’on se rapproche de la fin du jeu, imposant ainsi au joueur de renforcer ses personnages pour avoir l’espoir de les battre.

Le caractère obligatoire de ces phases, couplé au fait que le sort des combats se décide généralement plus par les statistiques des personnages que par la dextérité du joueur, peut en faire des passages fastidieux, plus ou moins appréciés. Les meilleurs J-RPG sont ceux qui, selon moi, arrivent à trouver un bon équilibre entre progression de l’histoire et des personnages – le farming étant alors plutôt un moyen d’orienter le joueur, pour lui faire comprendre qu’il est temps d’explorer de nouvelles zones si les ennemis deviennent trop faibles, ou au contraire d’en éviter certaines s’ils sont trop forts, sans que cela ne soit vécu comme une contrainte.

J’adore la licence, j’aimerai vous dire autre chose, mais ces dialogues ne m’ont pas emballé.

Personnellement, j’apprécie ces phases qui permettent de sentir l’évolution des personnages, ressentir le plaisir de devenir plus fort, de vaincre des ennemis qui nous en avaient fait baver lors d’une première rencontre. Reste à ce que les combats, que l’on va devoir enchaîner un certain temps, soient plaisants. Et pour être honnête, dans ce FF8, le système ne m’a pas convaincu.

Dans FF7, on passait son temps à modifier les armes à l’aide d’objets spéciaux, les matérias, afin de doter nos PJ de diverses capacités ou bonus. Dans cet épisode, ce mécanisme est remplacé par la possibilité d’associer chaque personnage à une « G-Force », une sorte de familier qui lui permettra de réaliser une invocation, d’améliorer certaines caractéristiques, et d’effectuer certaines actions en combat : utiliser un objet, lancer un sort… Deux conséquences : d’abord, il faut tout le temps associer, dissocier, ré-associer ces familiers en fonction de la recomposition de l’équipe. Ensuite, et c’est plus embêtant, les combats se résument rapidement à enchaîner les invocations.

Ifrit et Shiva sont de sortie, un combat de boss ? Non, la routine.
L’animation est sympa mais au bout de la 200ème fois le plaisir s’émousse.

Dans FF7 chaque invocation nécessitait d’utiliser des points de magie, dont la réserve était limitée, ce qui demandait donc d’en user avec parcimonie. Dans cet épisode, la contrainte est liée au nombre de points de vie du familier invoqué, qui va encaisser les dégâts à la place du PJ avant son attaque. En pratique, leurs attaques sont si puissantes qu’à part les boss, elles mettront fin au combat, limitant du même coup le temps d’exposition des G-Force.

Du coup, sur la dizaine d’heures que j’ai consacrées au jeu jusqu’à présent, je n’ai quasiment utilisé durant les combats que ces invocations. Efficace, mais peu intéressant. Et qu’ils sont nombreux ces combats ! Impossible de faire trois pas sans déclencher une rencontre, cela rend pour moi l’exploration de la carte franchement pénible.

A part la carte du monde, la découverte des différents environnements, tous superbes, reste un grand plaisir.

Alors qu’à côté, à juste un petit clic, j’ai la possibilité de me plonger dans une grille mystérieuse, et de déduction en déduction éprouver le plaisir de résoudre un problème a priori insoluble. Nintendo avait eu l’intelligence de mettre en place un compte à rebours, introduisant une pression pour résoudre la grille et créant une contrainte géniale : à chaque erreur, le compteur avance un peu, la punition étant graduelle. Cela introduit une dimension stratégique au problème : il est parfois utile de prendre le risque de commettre une erreur, l’information obtenue valant plus que la pénalité, à condition de ne pas en avoir trop fait auparavant, ou d’avoir encore suffisamment de temps pour que le risque soit acceptable.

Et il y a mieux ! La version disponible sur le Nintendo Switch Online inclut Wario’s Picross, sans pénalité en cas d’erreur, mais du coup sans information d’en avoir fait, et introduisant le risque de se retrouver bloqué en fin de grille, sans savoir quoi corriger. Et il existe plusieurs séries de Picross, dont la dernière, développée par Jupiter, compte déjà six épisodes, accessibles pour une dizaine d’euros sur l’e-store.

Une ergonomie plus agréable, des énigmes plus complexes (les indices pouvant regrouper plusieurs lignes ou colonnes) : Jupiter réussit à laver plus blanc que blanc !

J’ai acheté le premier : 150 grilles à la difficulté croissante, avec une variante permettant de doubler la durée de vie, soit 300 problèmes à résoudre. Au bout d’un mois, le jugement est sans appel : j’y ai passé plus de 80 heures pour tout résoudre (ce qui ne compte pas les essais abandonnés, ni le temps passé sur la version Super NES) contre un peu moins de 10 heures sur FF8. Qu’en conclure ? Que FF8 étant un jeu excellent, Picross est excellentissime ? Ou bien que Picross étant un petit jeu moyen, FF8 est franchement médiocre ? A vous de voir !

Enfin bon, maintenant que j’ai terminé mon Picross, je vais me recentrer sur FF8. A moins que, attendez, que vois-je disponible sur le Nintendo store pour une petite dizaine d’euros ? Picross S Mega Drive & Master System Edition : « Les meilleurs personnages des jeux célèbres des fameuses consoles Mega Drive et Master System de Sega … avec 300 puzzles Picross et Mega Picross, 150 puzzles Clip Picross et 30 puzzles Color Picross, cela ne fait pas moins de 480 puzzles à résoudre ».

La messe est dite.

Bon, et bien je vais retourner faire la sieste alors.

Conclusion

L’expérience est sans appel, Picross vainqueur par KO contre Final Fantasy.

Lorsque en 1998 je me suis offert ma Playstation avec FF7 pour célébrer la première victoire de la France en coupe du monde de football, c’était une erreur. J’ai perdu vingt ans de ma vie, et vais de ce pas brader mes collectors Final Fantasy, ces trois (ou quatre (ou cinq)) éditions différentes de FFX/FFX-2 inutiles, cette grosse boîte FFXV qui prend la moitié de mon placard au désespoir de mon épouse, mes collectors PSP Dissidia, les bouquins, les DVD Advent Children et mon collector « The Spirits Within » pour financer l’intégrale des Picross !

Ou plus sérieusement : autant je recommande sans réserve FF7, aussi bien l’original que j’ai refait avec grand plaisir il y a deux ans sur Switch que le remake sorti l’année dernière sur Playstation 4, autant je suis beaucoup plus réservé sur ce huitième épisode, qui ne sera apprécié selon moi que par les amateurs de la licence.

Et si vous ne connaissez pas Picross, c’est à découvrir absolument !

J’aimeJ’aime pas
L’ambiance des FFLe système de combat FF8
PicrossLes combats aléatoires trop fréquents

NOTE : FF8 / 20

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :