Tchernobyl : Au coeur de la catastrophe

33 ans après l’explosion du réacteur 4 de la centrale nucléaire soviétique, l’histoire de Tchernobyl est l’un des sujets les plus vastes et les plus conséquents jamais arrivés à l’homme depuis le début de l’ère industrielle. Alors que la mini-série de HBO rassemble les populations pour montrer des faces cachées de l’histoire, et le risque majeur qu’a contracté cet incident, sur le plan sanitaire et sur les conséquences que la terre a subis et continuera de subir pendant encore de nombreux siècles.

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La descente aux enfers

Prypiat, petite ville ukrainienne composée de pas moins de 50000 habitants au 25 avril 1986, a été principalement fondée dans les années 70 pour accueillir les employés et familles d’une centrale nucléaire construite non loin de là, exactement à 3 kilomètres, la centrale de Tchernobyl. Composée de 4 réacteurs nucléaires RBMK 1000, permettant de produire de l’électricité à grande échelle à partir d’énergie nucléaire, celle-ci fait partie des nombreuses centrales nucléaires du genre sur le sol soviétique dans les années 80. L’activité de la centrale tournant bien, la construction de deux nouveaux réacteurs nucléaire est effectuée, les réacteurs 5 et 6. La vie est paisible dans ce périmètre, la plupart des hommes travaillent à la centrale, les enfants vont à l’école, la fête foraine vient d’être installée, et la ville se voit de plus en plus fleurie et remplit de verdure, comme pour rappeler que le printemps est bien présent et que la population coule des jours heureux. Mais ce calme, cet enthousiasme, fut tout à coup brisé par un événement qui marqua à jamais l’histoire de Prypiat, de Tchernobyl, et surtout de l’humanité.
26 avril 1986, minuit à peine dépassé, la plupart de la population dort paisiblement dans la ville, alors que l’équipe de nuit de la centrale commence un test d’îlotage qui avait pour but de démontrer que la centrale serait autonome en cas de panne électrique. Anatoli Diatlov, vice ingénieur en chef de la centrale, supervise alors l’expérience. Après avoir reçu l’autorisation de continuer le test qui aurait dû avoir lieu en journée mais fut reporter suite à une panne de centrale dans les environs de Kiev, le centre de régulation prévient la centrale de Tchernobyl que l’expérience peut être lancée.

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Anatoli Diatlov (au centre) entouré de l’une de ses équipes

 

L’objectif étant de limiter la puissance du réacteur à 700 MW, seulement celle-ci est atteinte peu après minuit, puis continue doucement sa chute, jusqu’à atteindre une puissance de 500 MW. La première erreur menant à la catastrophe va alors arriver, et sera suivie de bien d’autres réactions qui mèneront à l’explosion du réacteur nucléaire. Leonid Toptunov, alors nommé responsable du régime du réacteur, pousse par erreur les barres de commande, dont le but est de diminuer le facteur de diminution des neutrons, beaucoup trop loin par rapport à ce qu’il devrait être. Cette première action va entrainer une chute de la puissance du réacteur à 30 MW, impliquant un empoisonnement au xenon 139 du réacteur. Désemparés, les techniciens présents vont alors tenter de rétablir le niveau du réacteur, mais ne parviendront pas à dépasser la puissance de 200 MW, le xenon 139 absorbants les neutrons. Alors que l’arrêt du réacteur complet pour permettre une purification de ce dernier aurait été une solution judicieuse, l’équipe technique du réacteur 4 va malgré tout lancer son test, dans des conditions menant tout droit à la perte d’un nombre de vies incalculable, suite à des mesures de sécurité déjà violées, et pourtant, le système lui-même demande l’arrêt d’urgence du réacteur, qui est complètement ignoré des opérateurs qui suivent les instructions de leur supérieur. Des engrenages sont enclenchés pour tenter de faire monter la puissance du réacteur, entrainant tout un tas de réactions chimiques incontrôlables, et face à l’horreur qui est en train de se produire devant eux, le contremaître Alexandr Akimov enclenche l’arrêt d’urgence, mais c’est déjà trop tard. Les barres de commande ne parviendront jamais à se stabiliser là où elles étaient attendues pour pallier à l’incendie, alors qu’un mélange d’hydrogène et d’oxygène provoque des détonations dans le réacteur. En l’espace de quelques secondes, la puissance du réacteur va centupler, et plus encore, jusqu’à soulever la plaque de béton de plus de 1000 tonnes dans les airs qui le recouvre, et la faire retomber sur le cœur du réacteur, ce qui aura pour effet de le fracturer et déclencher un incendie d’une puissance colossale, mêlant le feu à un nuage d’éléments radioactifs qui va se propager à une vitesse folle dans l’atmosphère. La population se réveille, découvrant une lueur bleuâtre s’élevant dans le ciel et provenant de la centrale. Les pompiers sont mobilisés, les habitants contemplent ce phénomène d’un pont pas si lointain, et chaque personne, chaque habitation, le moindre petit objet, se retrouve contaminée par ce mélange de radioactivités qui est en train de traverser le ciel de la douce ville de Prypiat.

Images d’archives du réacteur 4 à la suite de son explosion

L’Homme face à son crime

Les pompiers interviennent peu de temps après le début de l’incendie, uniquement munis de leurs lances, et sans aucune idée du danger qui les attend. Pour la plupart, ceux-ci seront évacués très rapidement suite à l’ampleur des radiations extrêmement présentes, et mourront pour la plupart dans d’abominables souffrances liées à l’exposition aux radiations sur les lieux de l’incident. Au matin du 26 avril 1986, à peine quelques heures après l’explosion du réacteur 4, la population vit sa petite vie et suit son petit bonhomme de chemin. Les enfants partent à l’école en riant, les parents s’en vont au travail, et les mères au foyer se promènent avec leur nouveau-né. Et à aucun moment, la population n’est avertie de ce qui a pu se passer, que leur vie est extrêmement menacée. Aucune annonce publique n’est effectuée pour mettre en garde et sécuriser le peuple de Prypiat, car personne ne connaît l’ampleur des dégâts, personne ne sait comment gérer l’affaire, car personne n’a vécu cela dans toute l’histoire de l’humanité. Pour votre information, ce n’est que deux heures après l’incendie que Mikhaïl Gorbatchev, alors président de l’URSS, sera réellement ce qu’il s’est passé à la centrale nucléaire V.I. Lenine , autre appellation de la centrale de Tchernobyl. S’enchaînent alors de nombreuses réunions d’état majeur pour trouver la solution au problème et pallier à cette catastrophe. Valeri Legassov, scientifique soviétique reconnu par ses pairs, sera envoyé sur les lieux pour analyser la situation et proposer des solutions pour mener à bien le projet de décontamination de la zone.

Valeri Legassov (en haut à gauche) , Anatoli Diatlov (en haut à droite) et Mikhaïl Gorbatchev (en bas)

Commencent des alors une série d’opérations pour, dans un premier temps, éviter la propagation du nuage radioactif, et une explosion complète du centre nucléaire. L’incendie fragilise fortement la structure du bâtiment qui risque à tout moment de faire s’écrouler la matière en fusion dans les parties souterraines du réacteur, lesquelles sont partiellement noyées. Le problème étant que si la matière en fusion entre en contact avec l’eau, une forte explosion pourrait avoir des conséquences irréversibles, comme toucher les autres réacteurs de la centrale et provoquer leur destruction également. Quelques plongeurs seront envoyés dans ces parties pour évacuer l’eau à l’aide d’un système de pompage et arrêter les vannes d’arrivée d’eau. L’incendie parvient à être canalisé, mais les rejets radioactifs continuent encore et toujours. S’ensuit une opération militaire consistant à larguer 5000 tonnes de sable, d’argile, de plomb, de bore, de borax et de dolomite. L’association de ces matériaux aura pour objectif de canaliser les rejets de la radioactivité, et ainsi recouvrir l’énorme trou qu’a créé l’explosion du réacteur. Certains hélicoptères passeront au-dessus des radiations avant de retomber comme des mouches abattues en plein vol. La mission est périlleuse et doit être effectuée le plus rapidement possible. Celle-ci s’avère d’autant plus complexe que les hélicoptères doivent lâcher leurs contenus à une hauteur de 200 mètres pour atteindre un espace d’une dizaine de mètres de diamètre. Dans le même temps, des personnes sont mobilisées pour évacuer les débris radioactifs aux alentours de la centrale et sur le toit de celle-ci. On appellera ces personnes «  les liquidateurs  » .

Photos d’archives des pompiers et des liquidateurs sur les différentes opérations menées à Tchernobyl.

Pour la plupart, ceux-ci vont contracter des cancers dans les mois voir années à venir, et mourront des dégâts dus aux radiations. Chaque opérateur dispose en moyenne de 90 secondes pour effectuer la tâche qui lui est destinée. Le taux de radiation auquel s’expose ces liquidateurs est tellement extrême que des robots normalement destinés à dégager les blocs de graphite présents sur et autour de la centrale tombent en panne à tour de rôle. Chaque tâche à son importance, et c’est un travail d’orfèvre qui est mis en place jour et nuit pour canaliser et maitriser la situation. Alors qu’ont lieu ces événements et que la bataille entre l’homme et la puissance du nucléaire, l’évacuation de Prypiat et ses alentours est effective, plus de 30 heures après l’incident, laissant le temps à la population d’être totalement recouvert par un taux de radiation extrême.

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Image d’archive de l’évacuation de Prypiat

Enfin, pour éviter que la dalle de béton située sous le réacteur en fusion ne fonde, environ 400 mineurs sont monopolisés jour et nuit pour creusé un tunnel sous le réacteur. Le but de ces travaux aura pour but de faire passer de l’azote qui sera envoyé par l’intermédiaire de tuyauterie et permettra le refroidissement de la dalle en question. L’azote ne sera jamais envoyé dans le tunnel, et sera finalement remplacé par du béton pour stopper la chute du cœur du réacteur totalement fondu. Ces travaux porteront leurs fruits, et c’est en date du 6 mai 1986 que le taux de radiation baissera considérablement, alors que la chute du fond du réacteur cèdera littéralement pour tomber dans les cuves évacuées au préalable. La décontamination du site peut alors commencer, et le premier sarcophage être mis en place pour contenir un taux de radiation toujours aussi malveillant et mortel. Durant la période de mai à octobre 1986, plus de 600000 liquidateurs sont monopolisés, que ce soit pour abattre les animaux contaminés dans les zones radioactives, pour nettoyer les lieux à l’aide de jets d’eaux et enlever les poussières radioactives présentes dans la rue, sur les véhicules, les bâtiments. L’union soviétique souhaite vraiment que cet événement, bien qu’il soit historique et laissera son empreinte pour toujours, soit nettoyé et que la vie reprenne son cour. Commence alors la construction du premier sarcophage, énorme structure d’acier qui viendra recouvrir le réacteur 4 intégralement. Ses constructeurs ne peuvent rester sur place trop longtemps, et se relaient très rapidement suite aux radiations très importantes. La dernière pièce de la structure apposée porte les noms de ces liquidateurs, et un drapeau rouge sera posé au-dessus de la tour de refroidissement en signe de fin des travaux. Ce sarcophage fut remplacé en 2016 par un autre capable de résister aux radiations sur une période estimée de 100 ans approximativement.

Premier sarcophage posé en 1986 (à gauche) remplacé par le nouveau sarcophage en 2016 (à droite)

Et maintenant?

Les radiations émises il y a 33 ans sont toujours présentes sur Terre. Bien évidemment, plus l’on s’éloigne de Prypiat, et moins décelable sont les traces de radiations. Mais la santé publique de la population mondiale a été impactée suite à ce tragique événement connu de tous. On a pu voir une hausse des cancers exponentiels en soi, ainsi que de nombreux problèmes de santé après le passage des nuages nucléaires tout autour de la Terre, principalement des soucis localisés à la thyroïde. L’économie a également subi un impact, notamment au niveau alimentaire, suite à la contamination des matières premières de consommation, notamment en provenance des pays de l’Est. Mais soyons honnête, le problème a eu lieu partout, des agriculteurs corses ont témoignés en stipulant que leur bétail tombé malade et que certains de leurs veaux étaient morts-nés ou prématurément. Le gouvernement soviétique a essayé de garder secret et de mentir au monde le plus longtemps possible à l’Occident et au reste du monde ce qui s’était réellement passé, ne souhaitant pas divulgué un tel secret d’État au monde. Quant à Prypiat, la ville est devenue fantôme, quelques rares curieux viennent la visiter, et la nature a repris le dessus sur l’Homme et ses constructions. La fête foraine est toujours présente, les réacteurs 5 et 6 ne verront jamais leur construction se terminer, les journaux d’époque jonchent le sol de certains appartements, et certaines zones restent énormément irradiées et gorgées de radioactivité. L’un des hôpitaux de la ville, qui a reçu les premiers pompiers blessés, recèle une pièce dans laquelle on peut retrouver les vêtements de ces héros. Certaines tenues dégagent encore à ce jour un taux de radiation 1700 fois supérieur à la norme. La réaction de cette fusion qui a eu lieu dans le cœur du réacteur continuera à diffuser des déchets radioactifs pendant encore quelques milliers d’années. Notons qu’à ce jour, uniquement en France, nous disposons de 58 réacteurs nucléaires. Et si un tel événement venait à se réitérer? Et si le nucléaire venait à causer la perte de l’humanité? L’avenir nous dira si nous sommes réellement en sécurité, ou si nous vivons avec une épée de Damoclès au-dessus de la tête…

Photos de Prypiat de nos jours, ville fantôme laissée dans l’état à la suite de son évacuation

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